Orientation scolaire, des opérateurs irréconciliables
Cette chronique a maintes fois abordé les problèmes soulevés par la loi de 2018 « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel » dans laquelle le législateur a refusé de trancher entre les Régions et les services de l’État (CIO et Onisep) pour savoir à qui confier la compétence de l’orientation scolaire. La compétence partagée vire souvent à la compétence jalousée. Voilà bientôt dix ans que les deux opérateurs assignés à ces missions rivalisent de surenchères, de projets doublonnants pour asseoir leur légitimité, la guéguerre tournant à la fronde.
Le dernier épisode est parti du Sénat où, en cette période de recherche d’économies budgétaires, les parlementaires du palais du Luxembourg convoquent des opérateurs de l’État pour vérifier si leurs structures répondent toujours aux besoins qui ont suscité leur création et si, par hasard, leur activité ne serait pas redondante avec les administrations centrales.
Rappel : on dénombre 434 opérateurs de l’État dans le budget 2025 qui consomment 77 milliards de crédits budgétaires.
La directrice générale de Onisep, convoquée par la commission d’enquête sénatoriale, a estimé que « se priver de l’ingénierie assurée par la mission data de l’Onisep, qu’il s’agisse de la confier aux Régions ou au privé porterait un risque de diminution du service public ainsi qu’une perte d’économies d’échelle ». Régions de France a jugé ces propos « inadmissibles et offensants et qu’assimiler les services des conseils régionaux au secteur privé sont des propos inacceptables pour les 550 personnels des Régions, agences régionales Carif et Oref qui incarnent au quotidien le service public régional de l’orientation ».
Régions de France, l’association qui regroupe ces collectivités, a illico demandé à la ministre de l’Éducation nationale, par la voix de sa présidente Carole Delga (présidente de la région Occitanie) et du président de la commission Éducation François Bonneau (président de la région Centre-Val de Loire) de rappeler à l’ordre la directrice générale de l’Onisep et de lui faire retirer ses propos offensants à l’égard des régions et de leurs agents.
Par le même courrier, ils demandent le transfert des 95 agents ETP de l’Onisep que la directrice générale veut absolument garder dans le giron de l’État, au sein des services régionaux de l’orientation afin de « régler le dossier des interactions entre la plateforme Avenir de l’Onisep et les plateformes développées par les régions depuis 2018, sujet de désaccords permanents considérant que la valeur ajoutée de la plateforme Avenir de l’Onisep pour les régions reste à démontrer ».
Les élus régionaux demandent qu’on revienne sur cette décentralisation ratée et qu’on leur laisse, pour en finir avec «un gâchis social, économique et humain que représente l’échec collectif de l’orientation subie», la compétence pleine et entière sur l’orientation et l’information sur les métiers.
La sagesse sénatoriale parviendra-t-elle à résoudre cette guerre picrocholine? Affaire à suivre.