Métier d’enseignant : une crise des vocations qui perdure
Depuis 2017 les années se suivent et se ressemblent, un volume non négligeable de postes proposés au CAPES reste non pourvu. En 2024, 6 854 postes étaient ouverts au CAPES et CAPEPS dans l’enseignement secondaire public et privé, à l’issue des concours de recrutement 643 postes sont restés vacants. Si toutes ne sont pas touchées au même niveau, huit disciplines dans le public et trois dans le privé n’ont pas réussi à épuiser leurs postes disponibles. Cette situation se renouvelle chaque année, alors qu’on observe entre 2017 et 2024 une décrue significative de nombre de postes offerts passant de 9 310 ouvertures en 2017 à 6 854 en 2024. Si on s’en tient au seul secteur public le nombre de postes ouverts au CAPES a chuté de 28 % entre 2017 et 2024. Moins de postes et encore moins de candidats.
Dans l’enseignement public à l’issue des 17 concours CAPES 2024, les disciplines les plus en difficulté sont par ordre décroissant :
- l’allemand qui laisse 55 % de ses postes non pourvus soit en volume 90 ouvertures non réalisées,
- la physique-chimie avec 33 % de pertes et 142 postes non pourvus,
- l’éducation musicale avec 27 % et 33 postes demeurés vacants,
- les mathématiques avec 20 % de postes non pourvus mais un volume important de 210 postes pour lesquels il faudra trouver des contractuels,
- les lettres classiques avec 31,4 % de postes non pourvus,
- les lettres modernes avec 9,2 % de postes non pourvus ce qui laisse pour l’ensemble des lettres 11 postes non occupés,
Pour l’anecdote et marginalement d’autres disciplines laissent de côté quelques postes, 2 pour l’anglais, 28 pour l’espagnol, 2 pour les langues régionales.
Le recul historique sur cette situation fait désormais naître des rapports d’experts qui analysent les causes de cette désaffection pour le métier d’enseignant. En premier lieu, on ne peut pas faire l’impasse sur le déclassement du traitement des enseignants : en 1980 la rémunération d’un certifié débutant représente 2,7 Smic, en 2022 le rapport n’est plus que d’1,14 Smic (Sources: Lucas Chancel Laboratoire des inégalités mondiales). Cette décorrélation est justifiée par les ajustements du Smic sur l’inflation alors que le point d’indice de la fonction publique a été déconnecté de l’inflation en 1983. La seconde cause qui rebute les candidats à choisir le métier d’enseignant est la mobilité géographique imposée par la première affectation, du coup on observe des lauréats qui préfèrent rester contractuels plusieurs années dans leur académie que rejoindre comme titulaire des académies déficitaires où les conditions de travail peuvent s’avérer plus difficiles.
Il est peu probable que les réformes actuelles entreprises comme le passage du concours en L3 et la rémunération des étudiants en master suffisent à inverser la tendance.